Sutivan, Croatie – 11 Septembre 2014
Au levé, on s’aperçoit assez vite que voyager aujourd’hui serait très désagréable. Il y a de forts orages, et au court des prochaines heures, elles s’arrêteront et reprendrons de plus belle, tel une horloge. On se consulte, et décide que le plan de cette journée consistera… à ne pas avoir de plans. On confirme l’appartement pour une autre journée, qui à bien des égards, est moins cher que la plupart des campings qu’on a loué durant notre voyage. Pourquoi s’en passer?
Aucun sens comme journée de pogne beigne. On ne sortira que deux fois pour aller chercher de la bouffe à l’épicerie. Pour le reste Patrick lira toute la journée, les enfants jouerons ensemble, se chicanerons et alternerons entre les deux. (Honnêtement ils ont bien fait ça!). Annik, elle, joue à Candy Crush et attend de nouvelles vies… Du délire.
En soirée lors de notre deuxième sortie de la journée, on tente de se « timer » sur les orages. En fait, l’objectif serait de marcher jusqu’au restaurant entre deux chutes de pluie. On sort et après quelques centaines des mètres, l’orage la plus gigantesque nous tombe dessus. Nous sommes bien dans nos habits de pluie et sous nos parapluies, mais il y a de ses pluies qui mouille autant du bas que du haut. C’est exactement ce qui se passe ici. La ville est évidement sur le bord de la mer, et comme le terrain est très escarpé, chaque route qui y descend est très abrupte. Qu’est-ce que ça fout dans notre histoire? Eh ben, si vous avez une pente vers la mer, vous verrez soudainement apparaître des rivières, ou même littéralement des rapides, déferlé vers vous à une vitesse folle. La pluie tombe avec tant de vigueur que les flots nous attaquent de tous les côtés. Il y a plus d’un pied d’eau au sol, la pluie nous roule dessus. On bref, on s’enligne pour manger au restaurant dans du linge trempé.
Les enfants adorent. Chaque rue, ruelle et chemin est une rivière. Chaque dénivelé, muret devient une cascade ou une chute. On cri, on rit… Après une journée aussi relaxe, on s’imagine que cette pluie nous a été envoyé pour qu’on se rappelle de quelque chose de marquant.
Sous la pluie on se rend au restaurant. Ici ils ont une grande terrasse couverte mais comme ils doivent transiter entre le restaurant et la terrasse sous la pluie, à moins que la pluie ne cesse, le restaurant ne servira aucun repas. Considérant la journée pluvieuse qui vient de passer, il est plus que possible, qu’attendre l’arrêt des averses nous amènera au déjeuner de demain. Allons-nous chercher de la bouffe à l’épicerie avant que ça ferme?
Sur place après une autre marche sous la pluie battante, on arrive à l’épicerie déserte. L’endroit ferme d’ici une heure, et considérant le temps, on y a déjà entrepris le ménage de fin de journée. L’endroit est vide… jusqu’à ce que des monstres mouillés y entre!
On ouvre la porte, et les deux caissières nous regarde avec du feu dans les yeux. Vous n’allez pas entrer tous les quatre ici, et nous saloper la place au complet? On se regarde et demande aux enfants de rester à l’extérieur. Nous on se place sur les deux cartons placés au sol après le seuil. On observe la scène, on se regarde littéralement relâcher un litre d’eau chacun au sol, et tente de décider si on est prêt pour un possible bain de sang…notre sang. Une des caissières a le gabarit parfait pour vous asséner de sauvages coups de caisse enregistreuse. On préférerait éviter ça.
On a faim, c’est un lieu public, qu’est-ce que tu veux qu’on fasse d’autre?
Sur la pointe des pieds, on commence à marcher dans l’épicerie sous l’œil sévère des deux mégères qui aimerais mieux rouler leur crotte de nez que de venir torcher leur épicerie après nous. On s’avance vers les fruits légumes et tombe face à face avec un autre employé qui passe la machine à nettoyer les plancher, comme dans un effort pour rendre l’endroit propre avant la fermeture. On évite son regard, il évite le nôtre. On se sent trop mal. À chaque pas, on laisse de grosse trace d’eau mouillé, et de moins en moins propre, derrière nous. S’avançant telle des loups, on tente de réduire nos traces au minimum tout en récupérant le maximum d’ingrédients pour faire de délicieux tortillas au poulet. Furtivement, on monte presqu’aux étagères pour éviter les dégâts. D’ici quelque minute, nous serons, ou bien en état d’arrestation ou à l’extérieur de l’épicerie sous la pluie. Les enfants, nous regarde le nez dans la vitre espérant pouvoir embrasser leurs parents une dernière fois avant l’exécution. On se rend à la caisse. L’ambiance est morose, les échange de mots inexistant. Un doigt qui pointe sur le montant de la caisse, un paiement rapide et une course vers la porte où la sécurité nous attends. Nous sommes sauvés, nous mangerons au moins un dernier repas ce soir.
Il ne pleut plus, et on croirait même voir un peu de soleil. Devant nous, l’orage est passé du côté du continent et fait rage sur Split. Il fait si noir là-bas, que la ville semble être en pleine nuit. Au retour, on observe les bouches d’égout soulevé et hors de leur socle. Mika, sachant qu’il retourne à la maison, tente de mouiller ce qui pourrait lui rester de sec sur le corps. N’empêche, on s’est amusé.
Retour à l’appartement où on retrouve une bonne veillé d’antan. Pas d’internet et pas de télévision. On se couche même avant 9:00… C’est brûlant de rien faire!



















































