Les Mafieux de Ronda

À notre arrivé à Ronda, tout le monde est un peu « démotivé » Les enfants ont seulement le goût de « déploguer » et de faire ce qu’ils font le mieux, mettre leurs écouteurs, « s’évacher » sur la surface la plus molle à leur porté et mouiller un coussin avec la bave qu’ils leur coulent du coin de la bouche.

En ce qui concerne le voyage, les premiers moments d’euphorie font lentement place à une routine exigeante de déplacement, d’inconfort et d’inconnu. Rien à voir avec l’intensité d’une semaine à Walt Disney ou aux émotions d’une descente en rafting après la fonte des neiges.  Voyager consiste souvent à contempler, marcher, observer, marcher encore, et de temps en temps, à rencontrer des gens intéressants.

La réalité crue, c’est que ça prend énormément d’argent pour voyager à quatre pendant un an.  Ça demande une discipline parfois un peu plate; manger des lunchs sur le bord de la rue, se faire à souper avec les moyens du bord et limiter les activités payantes. En brefs, on n’a pas le luxe de simplement se taper des « trips » de parachute, de karting et des visites aux parcs d’attraction à chaque fois que ça nous tente.

En 2014, on avait l’avantage d’avoir des enfants de 9 et 12 ans. Ils mangeaient moins, couchaient n’importe où comme dans des lits minuscules ou même par terre.  Maintenant, on a des adultes, incluant un « Gigantore » qui s’en va sur ses 6’ 1’’, « faque » les petits lits d’enfants, ça fait plus. Le prix de logement est nécessairement à la hausse.  Oubliez également les rabais enfants sur les lunchs, les activités et autres.

Le vélo nous sauvait aussi beaucoup d’argent. Dans les faits, la « run » de bicycle entre deux endroits était souvent l’activité de la journée. Un casse-tête logistique certes, mais qui comportait des avantages financiers importants en plus de meubler nos journées de moments gratuits.

Cette année c’est différent. On s’aperçoit que ce n’est vraiment pas facile de rester dans notre budget.

Enfin, ce n’est pas toujours évident de trouver des choses d’intérêts pour tous les monde. On va se le dire, même si nos ados sont extraordinaires, ils sont aussi des produits de leur génération. Notre compétition directe, c’est la gratification instantanée de You Tube et son contenu infini.  Je constate, avec regret, que la contemplation semble perçu comme une perte de temps.  C’est un challenge pour nous… et pour eux.  Le monde du tourisme a besoin de s’ajuster parce que le temps où vous attiriez les gens dans un musée avec un rabais de 15% est révolu. Bonne chance!

En ce qui me concerne, j’imagine que parce que je suis née dans un autre monde, en 1974, j’aime encore simplement me promener pour « voir ».  C’est souvent difficilement compatible avec les attentes des enfants.

Pour Annik, c’est simple, elle est juste la parfaite partenaire de voyage. Elle aime dire qu’on est fait pour les projets commun et, qu’en plus, on voyage bien ensemble. Je suis d’accord. Ça prend un sacré sens de l’adaptation pour se « tapper » jour après jours, l’improvisation qui caractérise notre style de voyage.

Ronda, accroché à la falaise.

En avez-vous assez de mes états d’âme?  Passons à autre chose.Au moment de notre visite à Ronda, nous sommes en plein festival Pedro Romero, la fameuse légende de la tauromachie. Il y a beaucoup de monde en ville, et je suis franchement surpris par l’activité qui règne ici.  Les rues sont pleines de monde, l’ambiance est intéressante, et comme à partout en Espagne, il y a d’innombrable cafés et dix vendeurs de crème glacé par habitant.

Annik et moi déambulons dans la ville, admirant le canyon et surtout les alentours de l’arène de Ronda, là où on assassinera impunément des animaux pour le plaisir dès demain.  Il y a quand même quelque chose de surréaliste et de franchement décalé avec se sport, il faut l’admettre. 

Durant le fameux spectacle du lendemain, et pour lequel nous n’avons pas pu de place, une dame sort précipitamment au moment ou nous somme tout prêt de la porte. Elle est avec son mari, beaucoup plus vieux qu’elle, probablement un habitué.  À lui voir la face, on constate qu’elle s’attendait plus à des danses folkloriques dans un champs de mesclun qu’à la mise à mort d’un bœuf.

Elle est fâchée la madame!

Elle se dirige vers moi, me donne son billet et sacre son camp.  Son marie/amant vient de réaliser que les 200 euro du spectacle ne mènerons finalement pas à cette fameuse nuit romantique tant attendu.

J’aurais dû lui offrir un cours de cuisine végétarienne, à la place!

Comme j’ai maintenant un billet dans les mains.  Peut-être que je pourrais entrer et jeter un œil.   

Pas le temps…

Une dame, juste à côté, vient d’hériter du billet du vieil homme.  Elle se dirige vers l’imposant système de sécurité et se fait retourner de bord par un agent. Il se retourne juste assez longtemps pour lui dire, avec son seul regard :

Ce n’est pas ton billet! Dégage avant que je te casse la nuque.

Finalement, je m’essayerai pas… J’ai encore besoin de cette chose entre ma tête et mes épaules pour quelques années.

Je ne sais pas si c’est normal, mais la sécurité est complètement démesurée. J’imagine que quand le but du « show » est de commettre de multiples meurtres et autant que possible voir mourir des gens encornés, c’est la moindre des choses de traiter la place comme une scène de crime.

Notre petite escapade dans les environs, fini finalement sur la terrasse d’un bar, attiré par la musique joué par un jeune homme avec sa guitare.  Le tenancier du bar a une stratégie de « crosseur »; Le gars joue une seule « toune » toutes les demi-heures. Comme la marée, sa terrasse se rempli, puis se vide, puis se rempli à nouveau.

Chéri, on prend une bière ici, l’ambiance est fabuleuse.

Dépêche-toi de boire, c’est plate en sacrament icitte!

Oh chéri, un chansonnier! Ça a l’air sympa, on prend l’apéro?

Accélère mon amour, le mec a arrêté de jouer, on s’enmerde!

Å kjære, en låtskriver! Det ser fint ut, tar vi drinken?

Akselerer min kjærlighet, fyren sluttet å spille, vi kjeder oss

…..et ainsi de suite.  Pas de niaisage avec les têteux de bière.  Il veut du roulement!

Moi, il ne m’aura pas avec ses stratégies, parce que j’ai « spotté » quelque chose de pas mal plus intéressant qu’un chanteur. 

Le BOSS vu de dos avec certains de ses disciples.

Dans l’entrée, il y a le chef de la mafia local. Le gars s’est positionné comme un king, assis à deux pouces de la face du chanteur. Pour être certain que tout le monde a compris qu’il contrôlait la place, il bombe le torse, peigne habillement ses cheveux de mafioso et fume ses cigarettes directement dans les narines du guitariste.

Le patron, même s’il lui doit le plus grand respect, lui demande gentiment de se tasser d’un pouce question que son chanteur ne soit pas atteint d’un cancer demain matin. 

Don Chevelura Del Fuego, qui ne prend pas d’ordre de personne!

Il l’envoie simplement chier et continue à agir comme le boss plein de marde qu’il est.

La scène est délicieuse.  Annik et moi sommes assez loin pour savourer le moment et se marrer, sans risquer un tour de bottines de béton au fond du ravin.  Je n’osais évidement pas le filmer, mais je vous assure que si l’émission Omerta était à refaire, il faudrait venir faire du recrutement ici.  Il y a tout ce qui faut;  des faces typiques de vieux bandit bedonnants et moribonds aux jeunes louveteaux qui viennent embrasser les pieds roi de la montagne. Un délice d’observation sociologique

Le tout est bien sure accompagné du vieux serveur boitant aux yeux croches, qui malgré 20 ans de métier n’arrive pas à se rappeler si j’ai commandé, ce que j’ai commandé, et si je suis le gars qui a commandé ce qu’il a dans les mains… Pauvre gars.

Je ne sais pas si son joli visage de génie en herbe lui vient d’un accident de marteau de « dedans la face » ou une petite « tappe » sur le nez avec une pelle, mais en tout cas, je ne l’engagerais pas à la NASA.  C’est ce qui est certain, c’est que son cerveau est en accord avec son regard. Vide!

Le lendemain, on fait le tour de la ville et visite, en particulier le pont appelé le Ponto Nuevo, une merveille d’ingénierie qui semble comme magiquement ancré à ces deux falaises qui sépare la ville en deux.  Il est simplement spectaculaire.  À voir le profond canyon qui donne le vertige, c’est difficile de s’imaginer cette ville avant la construction de cet œuvre gigantesque.  Comment faisait-il pour se visiter, pour commercer? 

Pour avoir une excellente vue, il faut descendre sur un sentier qui longe la paroi verticale du côté est de la ville. On s’entends qu’il y a des centaines, sinon des milliers de personne qui décide d’entreprendre le petit « trek » requis pour s’y rendre. Dans le fait, c’est effectivement le meilleur point de vue, mais c’est déstabilisant de voir à quel point l’endroit est dangereux pour le touriste. 

  • Un simple sentier de terre remplis de trou et entouré de ravins, endroit idéal pour « enfarger » grand-mère, pleurer momentanément, et hériter de sa maison en Toscane.
  • Des points de vue où 50 personnes se chamailles pour prendre une photo juste devant un trou béant donnant sur une mort certaines, et ceci sans le moindre aménagement de sécurité.

Pour ce que ça vaut, je préfère encore le bordel à la sur-organisation comme on l’aime à la SEPAQ.

Dans les prochains jours, on quitte pour le Portugal et j’en profiterai pour faire un texte sur ma liste des choses surprenante et que je ne comprends pas sur l’Espagne. Revenez-nous voir!

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