On se sent ambitieux aujourd’hui et, après 70 kilomètres hier, on pense faire entre 50 et 60 dans la journée. Au levé, le temps est exécrable. Tellement gris, qu’à 9:00, tout le monde dort encore. On a apprécié notre nuit dans cette tente de type prospecteur mais on doit se grouiller pour déjeuner, packer et partir. Rien ne se passera comme prévu aujourd’hui.
D’abord, au moment de tout placer sur les vélos, une orage se met soudainement à tomber. On attache tout sur nos racks à la pluie battante. Il faudra oublier le wakeboard aujourd’hui, il fait « frette » solide. Comme la loi de Murphy le demande, quelques minutes après le départ, le gros soleil apparaît et on se fait cuire à la vapeur sous nos habits de pluie. On sert tout ça et nous voilà en direction du village.
Notre première mission est de s’occuper de la blessure d’Annik qui ne guérit pas sur sa jambe. Le tout date de plus de trois semaines lors de sa « fouille » mémorable en Corse. La plaie ne se referme pas et on croit qu’il y a encore un petit débris à l’intérieur (c’est dégueulasse!) On est samedi matin. Trouver un médecin dans une village de 1250 habitants ne sera probablement pas simple. Détrompez-vous! Ici, il a deux médecins qui accueillent des patients dans leurs petites cliniques à la maison.
Maintenant, écoutez le niveau de complexité administrative: Cognez à une porte et le médecin vous demandera d’attendre dans une petite salle 10 minutes, le médecin vous examinera dans son bureau, fera un diagnostic, il appellera le pharmacie pour savoir si ils ont ce qu’il s’apprête à vous prescrire, il vous serrera la main et vous enverra chercher vos médicaments au coin de la rue en vous disant que ce sera gratuit pour vous, ça lui fait plaisir!
Non mais!!! Qu’est-ce qu’ils font, qu’on ne fait pas chez nous, pour avoir accès à des services si rapidement? (on s’entend, on parle d’un tout petit village) C’est pas notre cher docteur-ministre qui aurait fait ça. Lui, il préfère prendre des clients qu’il ne servira jamais et empocher le moton… On comprend pourquoi il n’a jamais réussi à rien régler quand il était lui même ministre de la santé; trop occupé à s’enrichir « selon les règles ». Même d’ici, l’histoire nous dégoûte.
Descente vers la piste cyclable maintenant à la pluie battante. On enfile nos habits de pluie à la course et …on se trompe de chemin… Il faut revenir sur nos pas. On roule finalement 15 kilomètres et un accident survient.
Mika et Océanne sont côte à côte et jase, quand un faux mouvement, d’un des deux, provoque une légère collision qui projette Mika par terre. Dans sa chute, il s’envoie violemment la poignée du vélo dans le bas du ventre, fait une pirouette sur la tête (Merci casque de vélo), ses membres se plient dans tout les sens et reçoit le vélo sur le corps. Il aurait voulu le faire, il aurait jamais été capable.
On s’arrête brusquement et se jette vers lui. C’est un peu la panique parce que Mika se tortille de douleur par terre. Il a très mal au ventre et à la hanche. Le pauvre pleur. On est dans le millieu de nul part,mentre deux écluses, et ça rend notre situation un peu plus stressante (2-3 kilomètres de chaque côté). On tente de le calmer et d’évaluer si il a une blessure sérieuse. On regarde sont petit ventre et il a la poignée d’estampé solide dans le ventre (ça nous inquiète un peu, est ce qu’il aurait une emmoragie interne?). On le couche sur un de nos matelas et il est tout blême. Il faut qu’il se calme. À part cette blessure visible au ventre, tout semble se passer au niveau musculaire (étirement, écrasement ou on ne sais pas quoi). On le laisse couché et prend ses signes vitaux fréquemment, vérifie si son ventre ne devient pas dur (ce qui n’est pas le cas). Après 45 minutes, on fait des tests pour voir si on peut le faire marcher, mais ce ne sera pas possible…il n’arrive simplement pas à se lever. On prend la décision d’aller chercher de l’aide. C’est pas le temps de niaiser avec ça.
Patrick se dirige vers l’écluse la plus proche pour chercher du « secours ». Le responsable, qui y habite, se dirige rapidement sur le lieu de l’accident avec son véhicule et le ramène à la maison. Entre temps, on appelle l’équivalent du 911 et ils nous envoient les pompiers volontaires (ils sont ici les premiers répondants et ils font également le transport ambulancier). Mika est blanc comme un drap. On attend assez longuement, étant dans la campagne profonde. A l’arrivé des secours, il a déjà prit des couleurs ce qui nous rassure.
Les pompier sont super fin avec lui et le traitent comme un grand accidenté de la route; coller cervical, civière et sac gonflable d’immobilisation; « The Whole Nine Yard »
Papa entre dans l’ambulance et laisse Océanne et Annik sur place. La dame de l’écluse nous laisse son numéro de téléphone pour la rejoindre plus tard. Une trentaine de minutes plus tard et nous sommes à l’hôpital de Marmande (la plus proche)
Nous voilà à l’urgence et, à part de la douleur, Mika semble assez bien. On le met en salle d’observation avant de lui faire voir un médecin. Patrick s’active à trouver un moyen de rejoindre notre assureur mais la ligne est constamment occupé. Mika voit le médecin, qui lui prescrit un anti-douleur intraveineuse et une échographie pour s’assurer qu’il n’a rien d’endommagé à l’intérieur.
Voici l’heure de la piqûre. Un moment assez comique;
Infirmière;
On va te faire une piqure.
Mika
Non! Vous ne me ferez pas de piqûre.
Infirmière
Tu veux pas de piqure?
Mika
Non, j’ai pas mal!
Après de longues négociations, des tractations au Conseil de Sécurité de l’ONU, des menaces de frappes aériennes et de blocus économiques, Mika accepte de se faire piquer en tenant la main de son père.
Mika
C’est tout?
Patrick fini par rejoindre l’assureur avec le seul téléphone publique restant de la ville (Même les gens de l’hôpital n’était pas certain qu’il y en avait encore un). Pendant ce temps, Mika subit l’examen échographique qui confirmera aucune lésion grave. Le médicament prit, il a un moment, le soulage et il marche raisonnablement bien.
Au moment du départ, Mika manque de tomber dans les pommes; il devient « trempe en lavette » à l’intérieur de 30 secondes et voit tout noir…De retour sur la civière, les jambes en l’air, 30 minutes de repos et un examen du médecin plus tard, tout est parfait. On peut quitter.
Encore une surprise du système de santé français; de A à Z, la visite à l’hôpital et les examens se seront conclu à l’intérieur de 2 heures trente. On a de la difficulté à imaginer ça chez nous; Structure différente? Rémunération différentes? Ressources plus nombreuse? On ne sait pas, mais au niveau du service, nos deux expériences d’aujourd’hui sont impressionnantes
Maintenant, il faut retrouver le reste de la famille. Il faudra prendre un taxi. Le problème, c’est que dans notre hâte, Patrick n’a que le nom de l’écluse (C’est peu d’info pour le chauffeur qui n’a pas l’habitude de se genre de demandes). L’aventure s’étirera longuement parce qu’ils n’existe qu’un accès à l’écluse et elle donne l’impression d’avoir été dissimulée sous un épais mur de verdure. 100$ plus tard, nous voilà de retour et heureux.
En notre absence, Annik a convenu, avec le propriétaires de lieu, que l’on pourrait dormir sur le bord du canal ce soir. On monte le camp et on décide que c’est le temps de voir si Mika peut pédaler. On a rien a manger et il y a un restaurant à 3 kilomètres. Ça se passe raisonnablement bien, malgrés un peu de douleur (Merci pain killers).
Ce soir, notre petit champion mérite le droit de manger tout ce qu’il veut, privilège qu’il sera exploiter! Il se prend un steak grand comme le Texas et il finira le tout par un sunday géant (où ça entre…on en sait rien!) Retour au camp après un flat sur le vélo de Mika. Une grosse journée qui fini bien, parce que Mika va bien!
